Les cloches

Il y a trois belles cloches à Limonest

Le clocher de notre église abrite trois cloches qui rythment depuis plus de 250 ans la vie de générations de Limonois ; pour renseigner sur les heures ou les offices, pour fixer les moments importants comme les baptêmes, mariages et enterrements, les cloches se font entendre. Les cloches portent toutes leur acte de baptêmes gravé dans le bronze.

Antoinette est la plus ancienne, Jean Maritz, fondeur de canons et seigneur de la Barollière l’a offerte en arrivant à « Lymonest » en 1751, c'est aussi la plus lourde avec près de 600 kg, elle mesure 75 cm et elle sonne en fa dièse ; son parrain était Henri Maritz et sa marraine Antoinette de Colavaux de Juliénas, le curé Delorme l’a bénie ; à l’époque, les responsables de la paroisse étaient C. Bouricant et J. Bressan. Antoinette est bien décorée, outre son état-civil elle comporte des frises, les armes de Maritz et une illustration de Saint Martin coupant son manteau. Pendant la Révolution elle a eu la chance de ne pas être fondue ; puis, le 8 juin 1817, le tocsin sonne pour appeler a l’insurrection contre Louis XVlll, mais les Limonois ne bougent pas et ne répondent pas à l’appel d’Antoinette. En 1845, elle quitte l’ancienne église située en haut du chemin des Roches pour être installée dans l’église actuelle.

Elle est rejointe en 1873 par ses deux compagnes qui l’entourent.

Marie-Louise est née en 1873 et c’est un beau bébé de 400 kg qui pousse son premier son en sol dièse, son papa est le fondeur lyonnais Burdin Aîné. Elle a été baptisée avec Marie-Louise Alban Gaillard née de Neuvesel comme marraine et Gabriel Gonin comme parrain ; ce dernier à 63 ans est un très riche propriétaire qui habite au Mathias. Il avait souscrit 3 000 francs pour la construction de l’église en 1843. Marie-Louise a une vierge sculptée sur le corps.

Enfin la plus petite, Blanche, qui ne pèse que 280kg ; elle fait 10 cm de moins que sa sœur jumelle, son papa est aussi Jean-Claude Burdin, elle gazouille en la dièse.

Elle a eu pour marraine Blanche Augustine Lucie Roux de Bezieux, qui habite le château de Sans-Souci et Monsieur le Maire Claude Antoine Boin comme parrain, celui-ci a 64 ans, est cultivateur comme son père Antoine.

Les cloches auront, depuis, sonné deux guerres, mais aussi le retour des prisonniers en 1945. Le clocher, la maison de ces demoiselles, a été refait récemment, espérons qu’elles continueront encore longtemps à regarder, d’en haut, la vie des Limonois.

Les cloches

Bénédiction d’Antoinette en 1751

Transcription de l'acte de baptême

“Ce jour d’hui vingt-deux juin 1751, sous la permission de son éminence monseigneur le cardinal de Tancin archevêque de Lyon, j’ai béni une cloche que monsieur Jean Maritz, directeur des fonderies royales d’artillerie et seigneur de la Barollière a fait présent à notre paroisse, elle a été bénie au nom de Saint Antoine, de Saint Charles et de Saint Henri sous la protection de Saint Martin, son parrain a été monsieur Charles Henri Maritz de la Barollière fils du seigneur bienfaiteur et marraine mademoiselle Antoinette de Colabau de Juliénas, petite fille de monsieur Horace de Vande conseiller honoraire à la cour des monnaies et de dame Marie Chaulier de Vande seigneurs de Saint André du Coin à Limonest, ont signé les dits seigneurs et dames.”


Les signatures
Maritz de la Barollière Antoinette Colabau de Julliennas
Deonna Maritz de la Barollière Vande de Julliennas
Charles Henry Maritz Catherine Thérèse Deonna
Isabelle Deonna Bollioud
Laurence Beranger Bollioud
Bourricand Charret de Grange blanche
Bouchet curé de Dardilly J.B. Delorme curé

Acte baptême
Acte de baptême de la cloche, registre paroissial de Limonest 1751

En ce 22 juin 1751 :

Antoinette
La cloche “Antoinette”

Jean Maritz est un homme comblé, une cloche, qu’il vient d’offrir à la paroisse de Limonest, va sonner sa réussite.

Mais pourquoi offrir une cloche ?

Par ce geste généreux il veut se présenter aux habitants de Limonest :

  • Il est bon catholique ; originaire de Genève et issu d’une famille protestante, il faut bien certifier son appartenance à la Sainte Église Catholique : la venue à la cérémonie de ses deux belles-sœurs religieuses permet de confirmer le fait.
  • Il est seigneur, depuis l’an dernier, après son achat du château de la Barollière le 8 novembre, il signe l’acte de baptême de la cloche avec son nouveau nom : Maritz de la Barollière. Il a d’ailleurs invité le seigneur de Saint-André du Coing dont la petite-fille est marraine de la cloche.

La fonderie de Vaise
La fonderie de Vaise

Le fondeur de canon a dû fondre une cloche ; rien de surprenant en cela, son ancêtre Conrad Maritz était fondeur de cloches, et plusieurs cloches autour de Genève ont été fondues par les Maritz, celle du château de Rochefort à Moudon en 1731 par Jean Maritz, celle du temple de Chêne-Bougeries en 1739 par Samuel Maritz son frère.
D’ailleurs Antoine Frèrejean et ses descendants, qui vont louer l’ancienne forge royale de Maritz à Vaise pour y construire le célèbre Pyroscaphe en 1783, n’ont-ils pas ensuite fabriqué des canons en fondant des cloches pendant la révolution, puis des cloches en fondant des canons en 1819 ?

Qui sont les signataires de l’acte ?

Jean Maritz

Jean Maritz de la Barollière

À tout seigneur, tout honneur, Jean Maritz de la Barollière signe en premier. Il est le fils de Jean Maritz (1670–1743) inventeur du forage horizontal des canons.

Né à Burgdorf en 1711, il arrive le 2 mai 1734 avec son père pour diriger la fonderie de canons de Lyon à Vaise sur les bords de Saône. En 1738, il devient fondeur à Strasbourg, l’une des deux plus importantes fonderies royales et la machine de Maritz part de Lyon pour Strasbourg en 1740.

En 1742, Jean père quitte Lyon pour Genève et Jean fils est à la tête de deux fonderies. En 1746 sa machine est installée à Douai dans le Nord. Le 30 septembre 1747 François-Simon Berenger maître fondeur à Douai meurt, son fils Jean-François qui a 22 ans le remplace et est formé par Jean Maritz. Le 8 novembre 1750, ce dernier achète la Barollière pour 65 000 livres, en 1751 il est à Strasbourg part ensuite en 1753 pour Rochefort puis Ruelle.

Le 21 juin 1755, il obtient son brevet de chevalier de Saint Michel. Il est de retour à Strasbourg en 1760, puis repart travailler en Espagne, en 1765, à Barcelone puis Séville, le roi Charles III le nomme maréchal de camp avec une solde de 30 000 livres.

En 1764, Il achète le château de la Rigaudière à Saint Julien dans le Beaujolais.

En 1772 il est nommé Bourgeois de Lyon. A partir de 1773 il reste à Limonest et le 12 juin 1790, Antoinette sonne le glas de son père, Jean Maritz est décédé au château de la Barollière.

Attestation de naissance de Jean
Attestation de naissance de Jean

Portrait de Maritz
Portrait de Jean Maritz

Monogramme de Jean Maritz
Le monogramme de Jean Maritz

Château de la Barollière
Le château de la Barollière

Antoinette Colabeau de Juliénas

La marraine a douze ans : Antoinette Colabeau de Juliénas, est une jeune marraine prestigieuse pour la cloche de Jean Maritz. Elle est la petite fille d’Horace Vande de Saint-André, seigneur de Saint André du Coingt et de Limonest, conseiller du roi à la cour des monnaies depuis 1712, année de son mariage avec Marie Cholier, fille de Pierre Cholier, prévot des marchands.

C’est aussi la fille de Françoise Vande qui a épousé en 1737 Jacques de Colabeau, seigneur de Juliénas et Vaux, conseiller à la cour des monnaies.

Antoinette Colabeau

Château de Saint-André
Le château de Saint-André à Saint-Didier-au-Mont-d'Or

Horace Vande de Saint-André est seigneur de Limonest, mais le château est-il sur la paroisse de Limonest au mont d’or ou de Saint Didier au mont d’or ?

En 1720 la question s’est posée lors du baptême d’Horace fils de Jean Girin, maître valet au château ; le baptême a eu lieu dans la chapelle du château mais fallait-il l’inscrire sur le registre de Limonest ou de Saint Didier ? Après être allé à Limonest où tout ce beau monde (les Vande de Saint-André, Bollioud de Fetan (nous en reparlerons), Cholier de Saint André) a signé le registre, il a fallu tout rayer et retourner faire la même chose à Saint Didier au Mont d’Or.

Revenons à la petite Antoinette qui a donné son nom à cette belle cloche de 600 kg, Jean Maritz a peut-être un mariage en tête, son petit Charles-Henri, pourtant un peu trop jeune pour Antoinette, ferait un beau mariage.

Mais Antoinette n’épousera pas Charles-Henri ; sept ans plus tard elle se mariera avec Louis, Hector, Melchior, Marie de Harenc de la Condamine, seigneur d’Ampuis.

Elle va décéder à 34 ans le 10 novembre 1772.

Judith Deonna Maritz de la Barollière

Judith Deonna Maritz de la Barollière, la femme de Jean Maritz ajoute aussi sa particule ; elle est née le 5 juin 1717 ; son père, Gaspard, originaire de Genève était maître teinturier à Lyon. Comme son père, Antoine, Gaspard est retourné à Genève où il vient de mourir le 13 mars 1751.

Judith Deonna

Judith a épousé Jean le 10 novembre 1735 à Satigny dans le canton de Genève ; ils ont eu sept enfants, Laurence le 6 août 1736 (ils n’ont pas perdu de temps !) puis Jean Gaspard le 23 septembre 1738, Charles le 16 mars 1740, Charles-Henri né à Strasbourg le 15 décembre 1744, Joséphine Laurentine Jeanne Françoise née à Strasbourg le 3 décembre 1745, Louis-Jean né le 1 mars 1748 et enfin Jeanne Louise née aussi à Strasbourg le 13 octobre 1751.

En ce 22 juin elle est donc enceinte et attend un heureux événement pour l’automne.

Sa vie sera ponctuée de naissances et de déménagements. Après le décès de son mari en 1790, elle vendra le château de la Barollière le 18 octobre 1793 pour s’installer avec son fils Charles-henry au château de la Rigaudière à Saint Julien où elle finit sa vie en 1795, le 8 germinal an 4 à 4h du matin.

Françoise Vande de Juliénas

Françoise Vande

Françoise Vande de Juliénas est la mère d’Antoinette, et donc, voyons si vous avez suivi ?

La fille d’Horace Vande de Saint-André bien sûr ! Elle a été baptisée le 17 août 1735 et s’est mariée le 28 février 1737 à Saint Nizier de Lyon avec Jacques de Colabeau, seigneur de Juliénas.

Charles-Henry Maritz

Charles-Henry Maritz, le parrain n’a que 6 ans et demi, mais écrit déjà bien son nom. Il est né à Strasbourg le 15 décembre 1744, et, comme son beau-frère Jean-François Beranger et son cousin Jean Maritz, il travaillera dans les canons, il deviendra commissaire des fontes de l’Artillerie, capitaine du corps royal de l’artillerie d’Espagne et Bourgeois de Lyon.

Judith Deonna

En 1769 il épousera Françoise Sibylle Millanois de la Salle, fille de Charles Millanois, marchand bourgeois de Lyon, conseiller-secrétaire du roi et directeur de trésorerie de la monnaie de Lyon.

La jeune Françoise Sibylle a six ans de moins que lui, elle est née le 21 novembre 1750, ils auront une fille Jeanne-Marie qui va naître à Limonest le 19 avril 1771. Sa fin de vie sera terrible en 1796, puisqu’après avoir perdu sa mère le 8 germinal an 4, sa femme décède le 19 prairial an 4 et lui, le 24 fructidor an 4 (10 septembre 1796), il a 51 ans.

Catherine Thérèse et Isabelle Deonna

Catherine Thérèse Deonna et Isabelle Deonna ont signé sur la même ligne, rien ne sépare les deux filles de Gaspard Deonna. Catherine Thérèse est née le 31 décembre 1714 et Marie Isabelle le 22 décembre 1715 ; le 22 juillet 1727 elles entrent dans une communauté religieuse où Catherine prononcera ses vœux en mai 1732 et Isabelle en mai 1734.

La famille Deonna, comme la famille Maritz, est protestante convertie au catholicisme. Les deux sœurs religieuses signeront aussi pour un baptême où leur nièce Laurence est marraine à Limonest en 1757.

Catherine Deonna

Isabelle Deonna

Bollioud et Bollioud

Bollioud et Bollioud, comme les sœurs Deonna, les Bollioud vont par deux. Ils sont venus avec la famille Vande ; Claudine, la sœur d’Horace Vande a épousé le 13 février 1703 à Saint-Nizier de Lyon Claude Bollioud, seigneur de Fétan. On peut penser que les deux signataires sont deux de ses fils, François, seigneur de Chanzieu ou Gaspard, chanoine ou Marie-Horace, capitaine de grenadiers.

Les Bollioud et les Vande, c’est la rue Saint-Dominique (actuelle rue Émile Zola) de Lyon qui vient se promener à Limonest : cette rue est le lieu d’origine de tout ce beau monde, même lieu et même activité, ils sont tous conseillers à la cour des monnaies.

Il y a dix ans, rue Saint Dominique, ils ont sans doute croisé un précepteur genevois, encore un genevois comme les Maritz ou les Deonna, qui œuvrait chez le Sieur Mably, quoique ce fameux précepteur, Jean-Jacques Rousseau, préférait se promener à Rochecardon plutôt que sur la place Louis le Grand où les rencontres ne sont pas toujours bienvenues.

Bollioud

Laurence Beranger

Laurence Beranger

Laurence Beranger est fière de signer de son nom de femme mariée : elle n’a que quatorze ans mais a épousé Jean-François Beranger Donicourt de Roucourt qui a 25 ans, le 12 octobre 1750 dans l’église de Saint Pierre de Vaise.

C’était un beau mariage, qui permet de réunir les trois grandes fonderies royales, Douai, Strasbourg et Lyon ; car Laurence est la fille de Jean Maritz, celui-ci a marié son aînée avec son apprenti, qui est aussi maître fondeur de Douai, il a aussi réussi à faire venir Joseph de Vallière, lieutenant général des armées du Roi, directeur et inspecteur général de l’artillerie ainsi que Camille Perrichon, conseiller d’État et ancien prévôt des marchands. Un beau mariage avec une belle dot.

Pour le mariage de sa petite sœur Joséphine en 1764 la dot sera de 100 O00 livres. Un beau mariage qui finira par un divorce, d’ailleurs, signe des changements, Laurence signe « Laurence Maritz de la Barollière » en 1757, sur le registre d’un baptême à Limonest. Ils auront pourtant cinq enfants dont Jean-Laurent Casimir, dernier né en 1759, elle a alors 23 ans. Elle terminera ses jours à Paris le 27 décembre 1800.

Claude Bourricand

Claude Bourricand, avec un d comme les Bollioud (quoique comme les Dupond/t on trouve aussi des Bourricant) et comme les Dupond et les Bollioud ils vont par deux. Pourtant il n’y a qu’une signature, pourquoi ?

Claude Bourricand

Parce qu’Étienne Bourricand, qui ne peut pas être absent, ne sait pas signer. En effet les Bourricand, ce sont enfin les vrais limonois qui sont là, ils sont très actifs dans la paroisse : Claude est luminier, chargé d’entretenir le luminaire de l’église, il gère aussi les finances, c’est le responsable de la « fabrique » de la paroisse ; Étienne est marguillier, chargé du registre des pauvres, qui est certainement tenu par Claude car Étienne ne sait pas écrire. Ils sont vignerons comme une bonne partie des habitants de la paroisse. Dans huit mois Étienne sera mort, il sera remplacé dans sa fonction par Antoine … Bourricand bien sûr.

Mais Étienne Bourricand n’est pas le seul présent n’ayant pas signé, Joseph Bresent ou Bressan est aussi luminier de la paroisse, son nom est gravé sur la cloche, mais il ne sait pas signer.

Joachim Charret

Joachim Charret

Joachim Charret, écuyer et seigneur de Grange Blanche habite aussi rue Saint Dominique. Il connaît certainement les Vande et les Bollioud mais c’est Jean Maritz qui l’a invité, il est inspecteur de l’armement.

D’ailleurs toute la famille Charret était venue au mariage de Laurence à Vaise l’année précédente.

Le pauvre Joachim va vivre encore moins longtemps qu’Étienne Bourricand après la cérémonie puisqu’il meurt le 17 novembre 1751.

Terminons par le clergé

Hilaire Bouchet est curé de Dardilly depuis septembre 1729, il est le neveu de son prédécesseur Jean Bouchet curé de 1698 à 1727. Il vient souvent à Limonest, car l’avant-veille, il était déjà là pour le mariage d’Antoine Damez de Dardilly avec une fille de Limonest.

curé de Dardilly

Pour lui aussi, les jours sont comptés,  Hilaire Bouchet, prêtre, curé de Dardilly, après avoir gouverné avec édification de tout le public la ditte paroisse pendant 29 ans est décédé le 22 janvier 1153 ».

Il est mort sans avoir reçu la communion et a été enterré dans le chœur de l’église ; son neveu Anthoine Bouchet, vicaire le remplace temporairement avant le curé Rey et il deviendra curé de la Tour.

Curé de Limonest

Jean-Baptiste Delorme, après 24 ans de vicariat a été nommé curé de Limonest le 22 décembre 1739, il va profiter de sa magnifique cloche pendant 18 ans jusqu’à son remplacement par le curé Jothié.

Plan de l'église de Limonest
Plan de l'église de Limonest

Supports de cloche
Les anses d'une des cloches

1751, épilogue

Après un beau mariage et l’anoblissement, 1751 a commencé comme une année faste pour les Maritz. Après la belle bénédiction de cloche, Charles-Henry et sa sœur Marie Laurence Joséphine devaient être parrain et marraine de Charles-Henry Chapiron fils de Benoît Chapiron, régisseur des biens du seigneur de la Barollière, baptisé le 26 décembre, mais à cette date ils sont à Strasbourg « avec leurs chers père et mère au service de sa majesté pour les fontes royales » et Noël a été très triste, la petite Jeanne Louise n’a vécu que deux mois et a été enterrée le 13 décembre 1751.

L’année se termine terriblement.

Marie-Louise et Blanche

En 1873 deux nouvelles cloches viennent encadrer Antoinette, Marie-Louise et Blanche vont donc tenir compagnie et sonner de concert avec notre chère vieille Antoinette, elles sont plus jeunes et plus petites et sortent des ateliers Burdin Aîné.

Comme toujours la paroisse procède à un baptême ; 122 ans après le précédent baptême marraines et parrains sont toujours choisis dans le gratin, mais cette fois on ne prend pas des enfants, et les deux jeunes cloches ne sont pas inscrites sur le registre des baptêmes de la paroisse.

La cloche “Marie-Louise”

Marie-Louise Albane Gaillard

Marie-Louise

La marraine de la plus grosse cloche est Marie-Louise Albane Gaillard, elle est née à Givors le 7 décembre 1826 ; son père, François Joseph Neuvesel, est « propriétaire de verreries et manufacturier en verre à Givors » et 140 ans plus tard, son nom sera associé à ceux de Boussois et Souchon pour créer BSN qui deviendra BSN-Danone en 1973, bel exemple de diversification verticale.

À l’âge de 7 ans, cette pauvre Albane perd sa maman Irma Fleurdelix, un nom digne d’un album de Goscinny et Uderzo. Pourquoi donc, cette fille d’un verrier et d’une vraie gauloise, née à Givors, est-elle la marraine de la cloche de Limonest ? Je vous le demande !

Parce que le 17 août 1846, toujours à Givors, elle a épousé Joseph Gaillard qui habite 9 place Bellecour à Lyon. Bien sûr ! Tout s’explique ! Mais au fait, qui est Joseph Gaillard ?

C’est le fils de Sophie Adèle Antoinette Baboin de la Barollière et donc le propriétaire du château de la Barollière à Limonest. La dernière fois, Jean Maritz avait mis son fils comme parrain, cette fois-ci nous avons la femme du seigneur comme marraine. Marie-Louise Albane a donné quatre filles à François Joseph ; le prochain propriétaire du château ne s’appellera donc pas Gaillard mais Neyrand, Eugène-François de son prénom, époux de Marie-Félicie Gaillard, originaire de Saint-Chamond et maître de forges. Les Gaillard habitent Oullins où Marie-Louise Albane va décéder le 14 avril 1877, son mari la suivra 11 ans plus tard.

Gabriel Gonin

Gabriel Gonin

Gabriel Gonin est le parrain, ce n’est pas non plus un gamin, il est né à Lyon le 31 janvier 1811 et il a acheté le château de Sandar en 1842, mais il habite alors place Louis le Grand (Bellecour) comme les Gaillard.

Dans son 6 pièces au 2e étage du 1 place Louis le Grand, il vit avec Clotilde Tardieu, fille d’un négociant en droguerie, qu’il a épousée le 22 juin 1836, leurs deux fils Émile et Amédée et deux domestiques.

Sandar

Leur immeuble est très commerçant :
Au rez-de-chaussée il y a la pharmacie Buisson-Roman, le limonadier Bauzer, une modiste mademoiselle Chaquet et Jacques Giraud, guêtrier et marchand de nouveautés.

Au début des années 1860 après avoir fait des travaux au château, ils s’installent à Limonest ; le château est grand et la domesticité importante :
Jean Berger, né à Dardilly est valet de chambre ; Jean-Marie Peyon est domestique, il habite au château avec sa femme Louise et sa fille Claudine ; Euphrasie Besset est cuisinière ; Césarine Daligand est bonne ; Pierre Souput est domestique comme Jean Simon, né en 1845 à Limonest, enfin son jeune frère André Simon est berger.

En 1861, il offre à la paroisse le terrain de l’ancienne tour du télégraphe en haut de la route de la Garde, pour pouvoir ériger la superbe croix de mission, offerte par Claude Bourricand, que l’on peut toujours voir.

En 1873, les deux fils ont grandi, Émile a épousé Louise Vénogel et ils vivent à Sandar avec leur fille Léonie née l’année précédente ; Amédée a 25 ans, il est toujours célibataire et le restera, c’est un grand collectionneur de mobilier et il fera don de sa collection au musée des arts décoratifs de Lyon.

L’année suivante, Gabriel va perdre sa femme, il lui survivra vingt ans de plus. À son décès le château sera vendu aux Frères des écoles chrétiennes.

La cloche “Blanche”

Blanche Augustine Lucie Roux de Bézieux

Blanche

Blanche Augustine Lucie Roux de Bézieux est née le 1er septembre 1835 dans l’Isère, à Cognin-Maleval où son père Auguste Pierre de Bézieux est maire, c’est la marraine de la petite cloche.

Sans-Souci
Le château de Sans-Souci

En 1856 elle épouse à Grenoble Claude Aymé Henri Roux, ce dernier est veuf et a vingt ans de plus qu’elle, sa mère est Marie-Benoîte Frèrejean ; ce nom n’évoque-t-il rien pour vous ?

Nous retrouvons la famille des fondeurs de cloches et de canons de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, Marie-Benoîte est marchande de cuivre et entrepreneur de fonderie, c’est la petite fille d’Antoine Frèrejean.

Claude Aymé est maître de forges, son grand-père a acheté le château de Sans-Souci à Limonest en 1806 et sa première épouse Antoinette y est décédée en 1852.

Mais la famille n’habite pas le château, leur domicile est… place Bellecour bien sûr où l’an dernier la petite dernière Marie-Aimée est née le 24 avril, elle est la quatrième et a un frère et deux sœurs. Blanche va vivre longtemps, jusqu’en 1922.

Portrait de Blanche
Blanche Roux de Bézieux

Claude Antoine Boin

Claude Boin

Le parrain, Claude Antoine Boin, est maire de Limonest depuis décembre 1866, il a remplacé Pierre-François Décurel qui a donné son nom à la place de l’église ; c’est le frère du dernier maître de poste de Limonest, Jean-Claude Boin avec qui il vivait, il y a peu de temps ; mais depuis le transfert de la route nationale par Lissieu et la concurrence du chemin de fer, la poste aux chevaux n’a plus d’activité et le relais sera fermé en 1870.

Jean-Claude, sa femme Caroline et leur fils Charles vont quitter Limonest. En 1873, Claude-Antoine vit avec son domestique Benoît Cimetière ; dans le Journal de Lyon du 29 mars, on parle de lui pour une place de conseiller général.

Au début de l’année 1876, il part dans le midi, peut-être pour assister au carnaval de Nice et participer à la première bataille de fleurs sur la Promenade des Anglais, ou voir le carnaval des agrumes à Menton, il va y rester définitivement, car il meurt à Menton le 15 février.

Claude Fuché, adjoint au maire, va le remplacer provisoirement, c’est la deuxième fois à dix ans d’intervalle qu’il remplit cette fonction pour la même raison, le décès du maire en exercice.

Le baptême des deux cloches

Bien entendu, le curé Michel Badoil participe à la cérémonie du baptême des cloches, il est né à Saint-Symphorien-sur-Coise le 28 août 1808, son père Claude était cordonnier. Le 20 janvier 1891, il a 82 ans, il va entendre son horloge sonner une heure du matin, cette première heure du jour sera sa dernière, il est parti rejoindre son père céleste ; le curé Jean-Pierre Chabert le remplacera.

En 1873, son vicaire Charles Genin l’assiste dans son ministère, il est né 36 rue Bourgchanin (aujourd’hui Bellecordière) à Lyon le premier décembre 1840, il sera remplacé à la fin des années 1870 par Félix Rambeaud.

Charles Genin

La fonderie Burdin

J. C. Burdin

Enfin évoquons un dernier personnage :
Jean-Claude Burdin, il est né à Lyon en 1823, dans une famille de fondeurs de cloches et préside aux destinées de l’entreprise Burdin Ainé. La fonderie est installée au 22 rue de Condé à Lyon où il habite dans un trois pièces à l’entresol.

Les cloches Burdin se vendent bien, dans toute la France mais aussi en Algérie ou au Canada. En 1874 Jean-Claude Burdin installe en face de son atelier un carillon de quatorze cloches dans l’église Sainte-Croix, il en est trop fier et, peut-être par punition céleste de sa vanité, ne sera pas complètement payé : il a dû entendre tous les jours son carillon le rappelant à l’humilité.

L’entreprise va disparaître après la guerre de 1914–1918, après avoir refait le carillon de l’hôtel de ville de Lyon.

Souvenirs d’un “sonneur”

Pierre Uliana

Pierre Uliana, est né en 1941 ; son père, Antoine était sacristain depuis 1937, en contrepartie de la location d’un petit appartement sans eau, il assurait cette fonction à l’église.
À partir de ses 7 ans et jusqu’à 20 ans, Pierre a aidé son père avant que la cloche ne soit électrifiée.

« Tous les jours, il fallait sonner l’Angélus, à 7h et à 19h, la prière était ponctuée par 3 fois 3 coups puis 12 coups de cloche. Les heures étaient sonnées grâce au mécanisme. Le samedi soir nous remontions les deux poids en pierre, à partir d’une cabine au sommet du clocher, j’ai encore dans les oreilles le bruit du tac, tac de la manivelle qui permettait d’enrouler la corde pour remonter les pierres ».

« Le dimanche, nous sonnions les 3 cloches pour la messe, avec une corde dans chaque main et une corde avec un anneau passé au pied ; la sonnerie était faite une demi-heure puis cinq minutes avant la messe ; il fallait tirer trois fois celle de droite, puis trois fois celle de gauche, une fois à droite, une fois à gauche, encore à droite et enfin la grosse cloche du milieu ».

« Nous annoncions aussi les enterrements, de première, deuxième ou troisième classe. Pour les mariages nous sonnions la grosse cloche à la volée ; et pour Pâques, c’était la grande volée des trois cloches ; à la volée je me régalais ; on décrochait la corde du tympan et on tirait les cordes sur les traverses tenant les cloches. Il fallait être trois : le garde-champêtre (le père Revol) venait nous aider ou le père Bost, jardinier chez Gignoux, une fois monsieur Trombetta, le cordonnier, est venu, mais il était trop petit. Une seule fois mon père a sonné les cloches à la volée pour un baptême, c’était celui de mon frère Christian, né en 1951. ».

«  À l’église il fallait aussi faire chauffer le poêle au charbon. Émilia, ma mère faisait le ménage ; on préparait la crèche pour Noël. À partir de 6 ans j’ai été enfant de chœur ; tous les jours il y avait la messe, mademoiselle Bourriquand, alors secrétaire de mairie et mademoiselle Baron, institutrice à l’école Saint-Martin, étaient toujours là. Le dimanche Gaston Boustugue, le maire ou Christian Machet jouaient sur l’harmonium. »


Michel Matray
Jean-Loup Barbier